Les actualitÉs : Banque en ligne

26.07.2011

Le chèque n’a pas dit son dernier mot

Cela fait une décennie déjà que l’on a pu constater que les usagers, qu’ils soient français ou européens, se servaient bien moins de leur chéquier. A telle enseigne que certaines nations ne craignent plus d’affirmer qu’il n’y en aura bientôt plus en circulation.

Cela dit et pour l’heure, aucune n’a franchi le pas et personne ne semble vraiment disposé à le faire.

A la fin de l’année 2009, le Conseil des paiements anglais avait affirmé qu’il voulait supprimer les chéquiers sous neuf ans, soit avant 2018. Selon lui, le chèque était en effet en « déclin terminal », c’est-à-dire en fin de vie car trop cher, pas assez sécurisé et par ailleurs de moins en moins toléré dans les commerces britanniques comme le confirme d’ailleurs ces chiffres : au Royaume-Uni il y a trois ans, les chèques ne constituaient plus que 3% de l’ensemble des paiements, liquidités mises à part.

Mais si la mort du chéquier était donc annoncée outre-Manche, il n’en fut finalement rien car quelques mois plus tard, le conseil -dont le rôle est de superviser le marché anglais des moyens de paiement- changea d’avis. Ainsi et via un communiqué rendu public il y a quelques jours, ce dernier promet que le chéquier vivra autant de temps que les usagers s’en serviront. Une sacrée volte-face qui peut s’expliquer par la colère des usagers mais également par les récriminations des organisations caritatives qui jugeaient quant à elles que cette disparition du chéquier allait surtout fragiliser encore plus ceux qui, au contraire, ont avant tout besoin d’être soutenus, à savoir les personnes âgées et les sociétés de taille modeste.

Chez nous, cette question fut aussi posée.

En juillet dernier, celle qui était encore ministre de l’économie, Mme Lagarde, reçut en effet le  rapport Pauget-Constant sur les grilles tarifaires des services bancaires. Rapport dont on se souvient qu’il fit couler beaucoup d’encre…

Mais que pouvait-on réellement y lire ?

Ceci notamment : supprimer à terme le bon vieux chéquier pour le remplacer peu à peu par un virement électronique de proximité par ailleurs souhaité par Mme Lagarde. In fine, cette dernière rendit ses conclusions au premier trimestre de cette année en annonçant qu’elle choisissait, pour l’heure, de ne pas supprimer les chèques.

Il faut dire que dans l’intervalle, Mme Lagarde avait commandé une nouvelle enquête visant à l’informer au mieux sur la situation du chèque dans notre pays. Apres l’avoir étudiée, ses conclusions furent les suivantes : même si son usage se raréfie (-4% chaque année en moyenne sur la dernière décennie)  le chéquier demeure un mode de paiement encore très usité dans notre pays, et ce, même si nos concitoyens se servent surtout de leur carte bancaire et des virements en ligne.

On peut même aller encore plus loin dans les statistiques dès lors qu’on observe que nos compatriotes, non seulement semblent apprécier leur bon vieux chéquier, mais en plus de cela sont les européens qui l’utilisent le plus.

En effet et selon l’enquête « L’utilisation du chèque en France », plus de trois milliards de chèques ont été émis en 2009, soit environ 50 chèques par citoyen en moyenne et un cinquième des paiements accomplis, liquidités mises à part.

Un chiffre pour le moins parlant a fortiori si on le compare à la moyenne des autres nations de la zone Euro : 12 chèques émis par habitant chaque année.
Ceci s’explique aussi par le fait que 90% de nos compatriotes détiennent un chéquier et qu’ils demeurent un peu moins de 20% à privilégier ce mode de paiement. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces chiffres ne concernent pas uniquement les plus âgés d’entre nous, loin s’en faut ! Ainsi, observons que l’usage le plus important vise la tranche des 35/49 ans. Pour les individus, il reste en effet très fréquent de payer par chèque certaines dépenses dont le montant excède les 500 euros.

Alors pourquoi le chéquier résiste-t-il à ce point aux nouvelles technologies ? Pourquoi les français, en particulier, paraissent-ils y être si attachés ?

Afin de tenter d’apporter quelques réponses, l’étude citée plus haut a rassemblé les témoignages des associations de consommateurs, des commerçants mais aussi des établissements bancaires.

Ainsi ont pu être mises à jour un nombre assez conséquent de faiblesses du chéquier  parmi lesquelles celles-ci : son usage freine les paiements en caisse, il présente un risque d’impayé pour les commerçants ou encore son utilisation induit des coûts conséquents et de faibles recettes pour les établissements bancaires.

Alors quels seraient donc les atouts maîtres du chèque ? Voici les trois points qui ressortent en priorité des témoignages recueillis :

– Sa gratuité. Ce qui constitue en effet un réel avantage dès lors qu’on sait que ce n’est en revanche pas le cas des paiements électroniques entre particuliers, notamment proposés par  Paypal ou le Crédit Agricole.

-Contrairement au prélèvement, lorsqu’il s’agit de payer, le chèque est à l’initiative de l’usager.

-Dans certains cas, le chèque reste encore fréquemment le seul mode de paiement. On pense ici aux médecins, aux services à domicile ou encore aux factures de cantines.

Pour toutes ces raisons et parce qu’aucune autre solution ne s’est encore avérée meilleure et plus pratique, on peut donc considérer que le bon vieux chèque n’est pas prêt d’être remisé au fond des tiroirs.