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22.06.2011

Banques française : gare au retour de bâton

La faillite de la Grèce et ses conséquences. Depuis ce jour, la prise en charge du risque hellène coûte 20% chaque année, soit 4% de plus que depuis lundi dernier.

L’annonce faite par l’agence de notation Moody’s de la baisse des notes des établissements bancaires hexagonaux a provoqué des réactions en chaîne dont le socle commun est autant de chasser les zones d’ombre que de vouloir rassurer à tout prix en ces temps où les marchés sont pour le moins agités.

Concernant le Crédit Agricole (détenu par la Société Générale), la banque est directement concernée par ce qui se trame en Grèce car elle y détient un établissement bancaire (Emporiki) dont Moody’s souligne que les encours de crédit s’élèvent à un peu plus de 20 milliards d’euros (pour un encours client de prés de 3,5 milliards).

Existe-il un vrai danger pour la banque française ? Il est peu aisé de répondre à cette question si l’on analyse pas réellement tous les paramètres de cette dernière.

Il n’est pas non plus aisé de savoir pourquoi les banques de notre pays ont été à ce point pointé du doigt par Moody’s. Au 31 mars dernier, La Société Générale avait un encours sur les obligations grecques de 2,5 milliards d’euros tandis que BNP Paribas, elle, en affichait un du double.

Les deux établissements ont poursuivi leur activité de proprietary trading, c’est-à-dire de négoce sur fonds propres. Elles sont leaders sur le trading en produits dérivés, surtout à la City.

Et si Wall Street essaie d’amenuiser cette activité à des actifs a risque peu élevé, ce thème n’est toujours pas inscrit à l’agenda des représentants de l’UE. Voila comment, même si cette pratique a toujours cours en Europe, les deux établissements sus-nommés s’en retrouvent évidemment fragilisés.

Ce sont d’ailleurs ces deux mêmes banques qui, dans le cadre de la nouvelle réglementation des établissements bancaires nommée Bâle III, ont mis sur pied la force de pression la plus conséquente sur le sujet de la considération des fonds propres des sociétés d’assurance.

Ceci est par ailleurs contraire a Bâle III, la Société Générale et BNP Paribas sont directement visées, tout comme la Lloyds Bank.

Par ailleurs, les établissements de l’UE émettent toujours des obligations hybrides alors qu’elles ne sont plus considérées comme fonds propres.

Sur la globalité des établissements bancaires de l’UE, ce sont les hexagonaux qui sont les plus en première ligne sur les nations en péril de l’Eurozone au premier rang desquelles se trouve bien sûr la Grèce.

Malgré tout, ils sont parvenus à éviter que le chef de l’Etat et sa ministre de l’économie rejoignent le cortège -guidé par l’Allemagne- des nations fiscalement conservatrices qui souhaiteraient une participation du privé dans un nouvel échelonnement de la dette hellène.

Ainsi, notre pays devra peut être assumer près de 15 milliards des faillites de la Grèce mais aussi du Portugal et de l’Irlande.

Et si l’on doit évoquer les « stress tests » européens qui sont pour l’heure reportés, on ne peut nier que leur fragilité est aussi due aux établissements bancaires hexagonaux, même si ces derniers ont reçu l’appui de leurs homologues d’outre-Rhin. Notons par ailleurs que leur faiblesse provoque une défiance spontanée des contreparties des établissements bancaires.

Ce qui rassemble tous ces éléments, c’est qu’ils poursuivent une situation où les fonds propres des établissements en question possèdent en échange des actifs plus spéculatifs ou bien comptabilisent à des seuils qui sont à présent sans rapport aucun avec la réalité des marchés.

A l’heure ou l’UE va enfin prendre le chemin d’un nouvel échéancier de la dette hellène, tout ceci pourrait entraîner des risques importants.

Pour toutes ces raisons, les agences de notation comme Moody’s ne mettent donc pas la pression pour rien sur les banques de notre pays. Car il est vrai que si BNP Paribas et la Société Générale sont celles qui sont allé le plus loin dans cette ligne, elles ne sont en revanche pas les seules à l’avoir prise en compte. Ceci augurant sans doute de nouvelles actions du même ordre chez nos voisins de l’UE.

L’opacité de la communication des banques, françaises ou non, a fini par les fragiliser. En ce sens, qui peut réellement connaître leur encours sur les trois nations en péril ? Qui sait comment les actifs sont vraiment comptabilisés ? Tout cela nous ramène au krach de 2008, dû, entre autres facteurs, à l’absence de communication vis-à-vis des actifs et de leur substance.

On pourrait presque ici parler d’une certaine hypocrisie du système qui enfonce le clou dans le plus mauvais sens qui soit. Il conviendrait donc de mener une véritable «opération vérité » qui fasse la lumière autant sur les risques réels que court la France que sur la vraie valeur des fonds propres de ses établissements bancaires.

Pointées du doigt par Moody’s et ses homologues, les banques ne peuvent donc plus se cacher derrière leur petit doigt. Mais cela devrait permettre aux autorités de contrôle de notre pays de jouer enfin leur rôle, à savoir assurer l’assise de notre système bancaire sans que les politiques n’interviennent.

Ce qu’un éditorialiste du Financial Times exprimait cette semaine en ces termes :

« Il n’y a rien de mal dans (un rééchelonnement de la dette grecque) si les gouvernements croient vraiment que la Grèce suivra leurs instructions et transformera sa culture économique corrompue et non-concurrentielle de manière tellement fondamentale qu’elle remboursera finalement ses dettes. Qu’une telle croyance soit justifiée est une autre affaire ».

Pour l’heure, le montant des emprunts ibères, transalpins et belges est en augmentation. On peut donc affirmer qu’il existe aujourd’hui un réel danger de contagion à ces pays, danger qui ne va pas en s’estompant, bien au contraire.